Ridha Dhib est né à Sousse (Tunisie) en 1966, diplômé de l’Ecole des Beaux Arts de Toulon, vit à Paris depuis 1991. Avant de faire rhizome dans des pratiques hétérogènes, la peinture fut longtemps son médium de prédilection. Depuis une quinzaine d’années il travaille sur une recherche plastique dont la problématique principale est de « libérer » la ligne du plan. Dans un premier temps, il s’est approprié un pistolet à colle en l’utilisant à contre-emploi : avec cet outil, il ne s'agissait plus de coller les matériaux, mais plutôt de décoller et libérer la matière.


Chemin faisant… la marche connectée a pris une place de plus en plus prégnante dans sa problématique. Ainsi, c'est grâce à son smartphone que son corps devient pinceau traceur de lignes impalpables sur la surface de la terre. À son tour, le smartphone devient palette numérique génératrice et compilatrice de données multiples et variées… Il en résulte une œuvre en devenir, mutante et polymorphe, entre installations et performances, matière palpable et matière numériques… Dessinant ainsi une carte à dimension rhizomatique et poétique.


Ses œuvres ont essaimé sur le Web et IRL, en France et à l’étranger. Parmi les plus notables on peut citer : « Hor-I-zons », performance marchée de 3400 km environ (Paris-Sousse) réalisée entre le 2 mai et 13 août 2019, « Bis repetita placent » à Espace de l’Art Concret, une contribution dans la revue Chimères, « Marcher contre le marché » (Numéro 93), « Tawaf algorithmique », vidéo dans le cadre du Novembre Numérique (2018 ), « Derrida Arabesques » (2018) une performance en compagnie de la chorégraphe Saâdia Souyah au collège international de philosophie, « Dérive circulaire N° 1 », performance marchée dans Paris, Festival OOHLAL'ART « Aéro » (installation, « Je suis tracé, donc je trace », performances sur le chemin de Compostelle, Festival des Éphémères, installation aux Jardins d'Éole à Paris , « Code and Link » installation en Italie, Instants Flux, performance ENTRE-DEUX flux : entre B'chira Art Center à Tunis et l'atelier de Ridha Dhib à Paris, et Printemps des Arts de la Marsa en Tunisie (2010), Resonance(s) a Deleuze and Guattari, installation/performance au SantraIistanbul, Istanbul (2010), Expo Sichtbare gedachten Geel : exposition à Geel, (Belgique,2010), Land art Rhizome au pays du soleil Levant à Nara et Kyoto (2007)…

La ligne. Celle qui marque le début et la fin de toute chose. Celle que l’on trace du bout des doigts pour marquer sa présence. Celle que l’on emprunte et qui nous emporte le temps d’un dernier battement de cœur. Progression, rupture, passage, traversée.

L’artiste Ridha Dhib déroule conjointement le fil de sa vie et de son art. La ligne est le moteur qui anime sa démarche créatrice. Quête esthétique, quête du temps, quête de soi, la démarche est plurielle et prend de nombreux virages. L’humain est toujours au centre du travail de l’artiste au travers de cette ligne de vie qu’il trace dans l’espace. Dans sa progression il n’est pas seul, il échange, apprend de lui et des autres. C’est un artiste de l’altérité. Il marche et dans sa trajectoire abolit toutes formes de frontières, de limites ou d’idées préconçues. Son expérience du monde et des gens lui ouvre un univers créatif sans bornes. Installations, arts numériques, performances, ses moyens d’expressions sont libres et variés.

Dans son sillage, il évoque les migrations, la route des déracinés, la distance ardente qui sépare la vie de la mort, la liberté de la guerre…Son art trompe l’oubli et le silence le temps d’une trace fugace laissée dans la terre ou dans le sable. La précarité du geste marque celle de notre condition d’humain et c’est peut-être le message que Ridha Dhib laisse derrière lui. Il soulève également la question des inégalités et des contrastes entre le message politique et la réalité de celles et ceux qui luttent pour survivre dans un monde hostile.

En utilisant l’art et la performance, il parvient à donner une vision claire à son engagement : créer c’est résister. L’universalité de l’art modifie le rapport de force. La poésie fait taire les injures. La beauté balaie l’indifférence. L’artiste bouscule les lignes et nous amène avec lui dans ses déambulations. Il nous fait vivre ses rencontres et ses émotions par le prisme du numérique. Il humanise ce médium et lui redonne du sens. Son parcours est inspirant et profondément nourri.

Dans sa vie comme dans son art, Ridha Dhib suit le meilleur chemin, le sien…


Andréas Alberti